Dans un acte audacieux qui défie les restrictions imposées par son propre gouvernement, Choguel Kokalla Maïga, Premier ministre du Mali sous contrôle militaire, a révélé qu'il consacre chaque matin une heure et demie à écouter des radios étrangères interdites telles que RFI, la BBC et VOA. Une démarche qui vise à déjouer la censure et à obtenir des informations jugées cruciales, mais "cachées" dans son propre pays.
Une quête d'information audacieuse malgré la censure
Lors d’une récente rencontre à Bamako, Maïga a surpris son auditoire en annonçant qu’il s’informait via ces médias étrangers pour échapper à ce qu'il considère comme une forme de manipulation de l'information.
Selon lui, ces stations radios lui permettent d’obtenir des données fiables sur le Mali, sans filtre gouvernemental.
Cette démarche intervient dans un contexte de restrictions sévères sur la presse indépendante, en particulier depuis que RFI et France 24 ont été bannis du pays en 2022, à la suite des tensions diplomatiques avec la France.
La stratégie de la désobéissance médiatique
La décision de Maïga de continuer à écouter ces stations interdites, malgré l'inaccessibilité officielle de leurs signaux, souligne une ironie.
En effet, le gouvernement malien, en imposant des interdictions, n'a pas réussi à couper totalement l'accès aux informations extérieures.
Les Maliens, avec des moyens techniques comme des VPN, continuent d’écouter RFI, révélant ainsi une fracture entre les autorités et la réalité médiatique.
Manipulation de l'opinion publique : la priorité de Maïga
Pour le Premier ministre, cette démarche vise avant tout à contrer ce qu'il appelle la manipulation de l'opinion publique.
En écoutant ces médias internationaux, il cherche à comprendre comment les informations sont déformées pour façonner la perception des événements, non seulement au Mali, mais également dans toute la région du Sahel.
Ces écoutes sont présentées comme une réponse directe à la manipulation des masses, un problème que Maïga attribue principalement aux puissances occidentales, notamment la France.
Le Mali face à un climat de répression médiatique
Ce n'est pas un cas isolé. Depuis janvier 2024, d'autres chaînes francophones comme France 2, LCI et TV5 Monde subissent des restrictions similaires.
Reporters sans frontières a récemment qualifié la région du Sahel de "zone de non-information", soulignant la répression croissante des médias et l'accès limité à une presse indépendante.
Dans ce climat de tension, la position de Maïga soulève des questions sur la liberté de la presse et sur l'avenir de l'information dans cette zone stratégique.
Ainsi, en écoutant ces radios interdites, Maïga se place à la fois comme un défenseur de l’accès libre à l’information et un critique des pratiques médiatiques internationales, tout en révélant l’échec de la censure dans un monde toujours plus connecté.
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